Microfictions

Régis Jauffret

Gallimard
1.000 pages
ISBN 2-07-078317-0


"Je est tout le monde et n'importe qui" qui écrit n'importe quoi
critique de Maître Roger

J'ai lu un gros pavé en collection blanche, mille pages écrites n'importe comment, un truc interminable, qui a eu un prix littéraire, je ne sais plus lequel. C'est à cause de son bandeau que je l'ai acheté, parce que des fois je me dis que les prix littéraires servent à quelque chose.

– Le Goncourt, peut-être ? Les Bienveillantes ?

Mais là, le prix ne servait pas vraiment, le livre se vendait très bien avant.

C'est Microfictions que j'ai lu, un livre dont je n'ai toujours pas compris ce qu'il raconte ni même s'il raconte. Pour un machin sous-titré "roman", la question semble pourtant légitime mais on dirait que les traditions littéraires se perdent. De mon temps, à l'école, on appelait ce genre "nouvelles" mais il est vrai qu'on nous faisait lire du Maupassant, pas du Régis Jauffret.

Ou alors j'ai été victime de cet auteur qui croit que la déstructuration du récit est en soi un principe de narration et intéressera pour soi le lecteur.

– Caramba, encore raté !

Comme répétait le perroquet. Certes, le principe est intriguant, des scénettes de deux pages maxi, munies de titres ésotériques, peuplées de personnages déviants ou au minimum inadapté, des meurtriers, des parricides, des infanticides, violeurs, baiseurs consentants, médecins véreux, parents indignes et enfants assortis... toute la faune humaine imaginable y passe.

– Mais pourquoi en avoir écrit cinq cents ?

Alors qu'une centaine, c'était déjà une performance, c'était plus conforme aux engagements écologiques du protocole de Kyoto rapport à la masse d'arbres assassinés pour ce pavé, et en plus ce Jauffret aurait économisé moult chapitres à l'écriture automatique, avec entassement de figures de styles improbables.

– Il y a des écrivains qui ont le petit Robert pas loin.

Lui, c'est le Gradus, certainement. J'espère qu'il les a écrits sous l'emprise de la drogue, douce ou dure, mais qu'au moins il a cette circonstance atténuante, parce qu'il doit bien y avoir une explication rationnelle à ce tissu de conneries, style : "J'ai tout de suite alerté la police, je l'ai aussitôt regretté quand je me suis rendu compte que j'étais non seulement le témoin, mais l'auteur de l'assassinat. J'ai fui, mes pas laissaient une empreinte rouge sur les marches de l'escalier. Je me souviens qu'on faisait l'amour dans un film que regardaient les voisins du premier étage" ("Champagne", page 95).

Et en plus, il ne nous épargne pas la mise en abyme digne de l'auteur qui n'a définitivement rien à imaginer en dehors de sa propre existence, bien sûr médiocre.

– J'ai écrit Microfictions !

Clame le héros de la dernière nouvelle, celle qui libère le lecteur de ses souffrances.

Et en plus il s'en vante.

 

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