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Ma Vérité

Eric Woerth
Plon
ISBN 978-2259214551

Sauvons les arbres !
critique de Adeline Demire
publiée le dimanche 17 avril 2011

La littérature, entre autres bienfaits, peut parfois avoir valeur de thérapie. C'est ce que disent les gens bien désinformés. Claude Berri l'a magnifiquement raconté dans "Autoportrait" chez Léo Scheer. Ou même, à un degré moindre (concernant l'intérêt thérapeutique, préférant s'en remettre aux médecins qualifiés) mais avec un talent stupéfiant, Gérard Garouste dans "l'Intranquille" aux Editions Iconoclaste.

Si tout un chacun peut trouver un papier et un crayon pour déverser sa haine du monde, tuer, psychologiquement parlant, son père, sa mère, ses frères et ses soeurs (ouh, ouh ce serait le bonheur), il n'empêche qu'une matière est absolument indispensable, c'est le talent. Ingrédient si rare qu'il est aujourd'hui coutume de faire appel à des "plumes de couleur" (autrefois l'on disait "nègre") pour venir à bout d'une biographie aussi riche qu'intéressante.

Mais admettons-le, c'est mal vu. Ainsi nous avons été les témoins de la défense pathétique de l'éditeur de Frédéric Lefebvre nous affirmant 10 fois sur 20 lignes que oui, aussi spectaculaire que cela puisse paraître, Frédo était bien l'auteur des 7.000 pages de sa vision du monde.

Parce qu'un ministre qui ne saurait pas écrire ce serait la tehon grave !

Aujourd'hui, telle la petite fourmi besogneuse, c'est ce qu'expérimente Eric Woerth, oui celui-là même dont l'honneur fût mille fois bafoué. Riquet nous prépare sa petite bombe vengeresse dont on dit que la gauche va prendre mal (ouille ouille ouille), que Baroin et Fillon vont pleurer des larmes de sang pour l'avoir lâchement abandonné en pleine tourmente. Tiens, d'ailleurs, c'est le titre "Dans le tourmente".

Nul doute que l'ouvrage fera date dans la vie littéraire. Que Zola et son "J'adjuge !!" seront relégués dans les caves de la République. Riquet, il a les bollocks ! Autant que ça se sache !

Ce petit chef d'oeuvre, déjà en péril, devait sortir le 21 avril et s'intitulé "Ma vérité". Finalement, Marc Lévy ayant priorité sur les cartons, la date est repoussée. Il nous faudra attendre le 16 mai pour enfin connaître les pensées intimes et secrètes de ce martyr de la République.

Pour qui a suivi les aventures rocambolesques de Riquet, on peut se dire, qu'en effet, cet homme est aujourd'hui désemparé. Devenu l'égérie du déni, son symbole flamboyant, ayant élevé au rang de slogan républicain son désormais fameux "Tout ceci est faux et archi-faux", force est de constater que l'ancien ministre a tout perdu. La raison, la dignité, ses amis et sans aucun doute sa famille.

Car, en effet, si un seul élément de cet inventaire faisait encore parti de sa vie, il lui aurait déconseillé, que dis-je interdit, de publier.

Pourquoi ? Pourquoi dans un pays où l'expression est libre interdire la publication d'un livre ?

Tout simplement par qu'aujourd'hui n'est pas hier. Parce qu'aujourd'hui il y a non pas une, mais deux jurisprudences. La Pécresse et la Lefebvre. Et que tu l'as déjà, dis-tu, réécrit 4 fois ! (tu dois bien t'emmerder quand même…), c'est un signe, ça. Quand ça veut pas, ça veut pas !

Alors, Riquet, mon souci n'est de t'empêcher de parler. Tu aurais eu tout mon soutien dans le cadre d'une psychothérapie, j'aurais glissé l'oreiller de satin sous ton petit crâne dégarni, dépoussiéré le sofa pourpre des petites scories existentielles de ceux qui t'auraient précédé.

Peut-être est-il encore temps de passer un petit coup de fil à ton collègue pour qu'il te raconte l'humiliation d'un livre qui passe à côté de son objectif : être lu. Parce que, si tu ne le sais pas encore, Riquet, je te le dis, avec un sens de l'humanité que je découvre chez moi à ton endroit, renonce, abandonne l'idée de cette prose, forcément mensongère, née de cet orgueil Juppéen, droit dans ces bottes. Parce que quelqu'un se doit de te le dire, cher ancien ministre : le monde se fout de TA vérité, de te savoir dans la tourmente. Tu ne montres plus ta bobine au journal de Claire Chazal ? Et alors ? Moi non plus et je n'en suis pas moins respectable.

Alors, appelle Frédo, papote avec lui, tu verras, dans six mois, toi aussi, tu lui diras : "Merci Frédo".

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