Peter Griffin
Gallimard 1989
ISBN 978-2070715855
Sous les pavés, le plagiat
critique de Adeline Demire
publiée le dimanche 16 janvier 2011
Ce pourraît être l'histoire d'une adolescente fébrile, biffant ses petites notes afin de respecter le protocole inaugural du vertical à l'horizontal, qui découvre, au matin du plus beau jour de sa vie, l'épouvantable, l'énormissime, le purulant bouton d'acné là, juste là, sur l'axe le plus saillant de sa jolie pommette.
Ce n'est qu'après les hurlements, l'envie de mourir, et les larmes intarissables (bien que, sur la joue gauche, celles-ci soient détournées par ce qu'il est convenu d'appeler "le cratère de la honte"), et arrive l'apathie.
Parce que l'adolescente conserve une certaine forme de dignité en n'exhibant pas ces malheurs, c'est, enfermée dans sa chambre, qu'elle envisagera ses lendemains désenchanteurs.
Malheureusement, c'est dans le bruit et le fracas que ce sont produit, aux aurores du 4 janvier 2011, les dramatiques évenements dont au sujet duquel....
Nous sommes dans la demeure coquette et chaleureuse de Patrick Poivre d'Arvor. L'image est audacieuse mais, en ce matin de Sainte-Angèle, presque rien ne différencie plus Patrick de cette jeune adolescente au dépucelage avorté.
Il y a ce même sentiment d'injustice. Cette même seconde fatale où tout bascule. The D Day. Celui qui autorise, au crépuscule de sa vie, à reconnaître qu'il y a eu un "avant" et un "après".
Patrick est un homme heureux. Son éviction de la chaîne d'Etat a fait de lui un martyr du Sarkozysme. Son impertinence, sa pugnacité, son insolence, n'ayons pas peur des mots, ont réduit à néant une Druckerisation pourtant attendue.
Mais l'homme a de la ressource. Il est écrivain. Avant tout. Le journalisme, il s'en bat l'oeil. Faut bien bouffer, non ?
Lorsqu'il fût stigmatisé pour cette interview truquée de Fidel Castro, auquel un vrai journaliste, tiens au hasard David Pujadas, ne se serait jamais relevé, il a géré cette crise avec une classe inouïe. D'une part parce que c'était "faux et archi-faux" (comme disait Eric Woerth) mais surtout parce que ça lui en bougeait une sans toucher l'autre ! (comme disait Chirac, le grand natif du Serpentaire)
Sa vocation, son grand oeuvre est ailleurs. Dans la noblesse des Lettres Françaises. Dans le dictionnaire, à chatouiller le menton de Proust. A l'Académie, dans son habit vert et or. Pour atteindre ce Graal, Patrick se donne du mal.
Alors, en ce matin du 4 janvier, dégustant sa tasse de thé Pu Ehr, parfaitement détendu, sauf du petit doigt, il ouvre l'Express pour s'enquérir des nouvelles de ce monde qui tourne avec lui et même, parfois, grâce à lui.
Le titre lui donne ses premières sueurs : Patrick Plagiat d'Arvor !!! Il lit, très vite, comme à son habitude, en diagonale. Puis relit.
Ces épaules s'affaissent, ses petits poings se serrent, sa machoire se contracte. Sa virilité se retracte. Trente secondes d'un abattement bien compréhensible. Une désagréable impression de moiteur l'envahit et surtout aplatit cette chevelure qui lui a coûté si chère.
Action / Réaction. L'eau fraîche sur son visage contribue à la nécessaire purification. En trois giclées, c'est son tempo, il reprend du poil de la bête. L'effondrement fait place à la colère auquel même un homme comme lui ne pouvait échapper.
Il lui faut rétablir la vérité. Réduire à néant l'outrage qui lui est fait. Répondre point par point au propos diffamatoires.
A l'épineuse question de ces épreuves envoyées aux médias, il protestera contre les Editions Arthaud d'avoir fait parvenir aux journalistes une "version de travail provisoire". Le livre était dédicacé ? Oui, et alors ? Patrick signe tout ce qui passe sous sa plume. Il est comme ça, perfectionniste et professionnel.
Quant à cette centaine de pages quasi "copiées / collées" de l'ouvrage de Peter Griffin, la fourberie de ce Jérôme Dupuis dépasse les bornes. Patrick préparait, et ce depuis longtemps, un film sur la vie d'Hemingway. Sommes-nous obligés de rappeler à Monsieur Dupuis qu'un film, ce sont des images qui bougent ?
On lui reprochera, si c'est un manuscrit de travail, d'y trouver des exergues de St-Exupéry, Fitzgerald ou Londres. Ainsi donc, il faudrait faire une règle du peu de conscience professionnelle d'un scribouillard de l'Express ?
Patrick est un esthète. Un brouillon de lui pourrait être publié tel quel tant son talent est grand. Entend-le Jérôme Dupuis !
Sur les rumeurs scandaleuses d'un nègre à son service (quelle honte Monsieur Dupuis), même Shakespeare, Dumas et Molière se faisaient assister. Assister. Tel est le mot. Il est question d'un partenariat, d'une collaboration, d'une émulation intellectuelle et artistique pour donner au public, à son public, le meilleur. Toujours.
Cette affreuse polémique étant évacuée, n'est-il tout de même pas troublant de constater les nombreux "procès" qui sont fait à ces écrivains qui réussissent ? L'accusation de plagiat semble être à la mode. Houellebecq, Drucker, Minc, Zemmour. Le talent est-il donc aussi insupportable ?
Mais, alors qu'il est temps que le calme revienne, une interrogation demeure. Celle-là même que Patrick a osé poser, bien qu'abattu par tant de haine.
"Depuis quand les journalistes lisent-ils les livres qu'on leur envoie ?"
En effet, la question mérite d'être posée.
Merci Patrick.