Michel Houellebecq
Flammarion 428 pages
ISBN 2081246333
Label de qualité : Prix Goncourt 2010
La France est une garce ingrate !
critique de Adeline Demire
publiée le dimanche 09 janvier 2011
Depuis toujours, par déformation rachidienne sûrement, ce pays s'échine à cracher sur ses génies. Un snobisme puant veut que l'on idolâtre Philip Roth, dont les obsessions sexuelles commencent à fatiguer le clergé, au détriment de nos écrivains nationaux qui font bien plus de blé, reconnaissons-le !
Dans l'hexagone, Lévy (Marc, bien sûr), Gavalda, Musso sont le tryptique gagnant du commerce de livres. Soyons-en fiers que diable !!! Combien de souffreteux du verbe sont publiés grâce aux recettes conjuguées de ce trio infernal ?? Considérer que la littérature est aussi (surtout ?) un business à l'air de défriser. Quelle belle hypocrisie !
Heureusement, nous sommes le pays des Lumières. Celui qui a vu s'épanouir Voltaire, Rousseau, Zola. Celui qui s'enorgueillit de ses artistes maudits. Miséreux de leur vivant, Panthéonisés à leur décès ! Un bon auteur est un auteur mort ! Jean-Edern Hallier l'avait bien compris.
Pourtant, au milieu de ce cloaque culturel, surgit un espoir. Il y aurait, quelque part sur la planète, un petit prince de la plume, un chevalier des Arts et Lettres et il serait Français ! Et qui nous l'a pécho ? Ben l'Académie Goncourt évidemment ! Michel Houellebecq reçoit le Prix ! Alléhuiah ! Les paralytiques se remettent à marcher, les sourds entendent, les aveuglent recouvrent la vue. Tant de fois sur la liste et toujours méprisé, la flagrante injustice enfin réparée, l'honneur enfin sauvé. Les Inrocks deviennent le petit livre rouge de la culture, leurs petits cris ont été entendus. Habemus Papam !!!!
Mais voilà que s'approche l'infatigable, l'inévitable, l'insondable petit nuage gris de l'ingratitude à la Française. On lit, on entend, ici ou là, que les prix littéraires sont truqués. C'est le marronnier de l'édition. En bon petit soldat, le petit monde underground de la culture, exaspéré, balance la grosse artillerie. Panégyrie de rigueur. Nous avons un génie, oh la ferme Camus !, Gloire à Michel !
Son petit chien Clément, sa vie en Irlande, ce qu'il mange, oh comme c'est trognon, t'as vu comment il tient sa clope, rien ne nous sera épargné. Ah si, la réaction de sa Maman, là-dessus, nada....
Jusqu'à nous embrouiller avec la révélation qu'Iggy Pop se serait inspiré de Houellebecq.... Ah oui, quand même Iggy.....
Puis arrive THE article. Celui qui achèvera notre scepticisme, celui qui tuera dans l'oeuf notre aveuglement. Le témoignage de Mme Lilas Seewald, éditrice chez Fayard de son état, narrant ses séances de travail avec notre phare de la Littérature sur "La possibilité d'une île".
Je n'aurais pas assez de ma vie pour remercier Hubert Artus de nous avoir livré ce petit bijou. Vous l'aurez compris, jusqu'alors, je tenais notre gai lauréat pour une de ces belles escroqueries dont nous avons le secret. La démonstration que "plus c'est gros, plus ça passe". On en a vu des autrement plus drôles, avant, quand il faisait encore sombre dans les Lettres Françaises. Comme : Christine Angot est un grand écrivain, Philippe Sollers un "maître" de la pensée intellectuelle, Jean-Pierre Pernault un journaliste. Enfin, des conneries qui répétées à longueur d'année deviennent des vérités. Ah, ça, on savait rire à l'époque !
Ben, pour Mimi, c'est pareil. Dans cet article, à consulter ici , on apprend "qu'il semble incarner le malaise qui fait la substance de son oeuvre". On ne saurait dire plus vrai. Le malaise à la lecture de son "oeuvre". Le même que celui ressenti à l'annonce de sa consécration. Le même que celui ressenti à la lecture de ces articles déraisonnables par trop d'éloges. Elle est forte Lilas d'avoir réussi, en une seule phrase, à réconcilier les pros et antis Houellebecq !
Ceci étant écrit, je ne peux résister au plaisir malsain de vous livrer un autre article, qui, les jours de déprime, me ravigotte autant qu'une botte de carotte.
Le jour de l'attribution du prix, nous pouvions lire là, la transe fait homme. Yann Moix, écrivain médiocre s'il y en est, incarnation de la jalousie artistique, narcissique dégoulinant, rédigeait le billet le plus caustique sur le sujet. Passons sur la marotte de "l'injustice enfin réparée" et attardons-nous sur ce passage croquinolesque :
Le Prix Goncourt avait été, il y a dix ans pile, attribué à Jean-Jacques Schuhl. Nous sommes heureux de constater qu’à chaque fin de décennie, un écrivain véritable entre dans le catalogue des primés. Dans dix ans (si je suis bon en calcul) cela devrait être mon tour !
Mais c'est Énaurrrme !!! Ces quelques lignes sont à elles seules le clou planté dans l'oeuvre de Mimi. Cornedouille, comme si ce n'était déjà pas assez préjudiciable à ta carrière Michel, qu'Eric Zemmour avoue ne pas aimer tes livres. Mais que fait ton agent ??? Comment a-t-il pu laisser passer ça, lui qui est si attentif à ses, pardon, à tes intérêts ??
Quand tu es écrivain, l'admiration de Yann Moix pour ton oeuvre, c'est un peu comme si Patrick Sébastien faisait la promotion de ton disque, si tu es musicien, bien sûr, en tant que boucher-charcutier il y a peu de chance que ça modifie ta vie... quoique qu'en matière de porcidés... Enfin, c'est un autre sujet....
Bref, mon vieux Michel, je ne t'en veux pas. Nous avons les héros que nous méritons. Quand, au soir du 6 Mai 2007, sur une scène de la capitale, la "culture française" s'expose au côté de l'incarnation de l'inculture, alors oui, Mimi, tu l'as bien mérité ton prix Goncourt.
Tu es l'espoir de ces besogneux, de ces aigris de la reconnaissance. Ainsi donc, une petite bouse écrite, chantée, filmée peut devenir un chef d'oeuvre.
Merci Michel.