Haruki Murakami
Ben justement, il n'est pas encore disponible dans le monde francophone, mais ce devrait être Belfond
1Q84 : séisme littéraire ou roman gazeux ?
critique de 35.40N 139.46E
publiée le dimanche 25 octobre 2009
Il est un roman, best seller mondial, traduit dans de nombreuses langues, dont est privé le public francophone de bon goût : "1Q84" de Haruki Murakami n'est toujours pas publié en français. Faute de traducteur ? Faute de goût ? Faut-il le lire ? Faut-il en parler ? Voici donc ce qu'il faut dire du roman que vous ne lirez pas et de son auteur, dont vous n'avez rien lu.
1Q84 est le fruit littéraire en forme de poire, en deux tomes, du séisme de Kobe, ville dont il est originaire et où l'on élève du boeuf à la bière tout en le massant régulièrement pour que sa chair soit aussi tendre que possible - servi avec de l'ail, le plat est succulent - et de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo par la secte Aum. Les deux drames ont eu lieu à un mois d'intervalle, en 1995, et ont bouleversé le romancier, qui vivait alors aux Etats-Unis.
Le titre du livre, 1Q84 fait écho au monument d'Orwell "1984", même si l'auteur n'a jamais résidé en Angleterre. La lettre Q se prononce "kyu" en anglais et en japonais, ce qui signifie "9" en japonais. Epoustouflant. Mais où est-il allé chercher une telle subtilité ? Murakami ne s'en cache pas : "J'ai longtemps voulu écrire un roman proche du livre futuriste d'Orwell". Jean-Baptiste Dubonchoix, critique de sous-littérature japonaise, hors manga, suggère une seconde piste : la proximité avec la véritable histoire d'Ah Q, de Lu Xun. OU encore l'allusion au roman de Tchekhov "l'Ile Sakhaline" publié en 1894 (génial...). Pour Marc-Antoine Dubonchoix, autre critique de sous-littérature japonaise, le titre signifie que Murakami a obtenu un score de 84 au test de QI (IQ en anglais) de Désinformations.com. C'est déjà plus probant.
Le roman raconte l'histoire d'un professeur qui rêve de devenir un romancier, un peu comme Tolkien qui s'ennuyait ferme et écrivait pour ses gamins des histoires de trolls et d'anneau magique, et d'une femme, Aomame, qui travaille dans une salle de sport. Leurs vies, racontées à la 3e personne entraînent le lecteur dans un enchevêtrement passionné de chapitres alternés, assorti de passages terribles. Le roman s'enracine dans la colonisation de la Mandchourie, avant la naissance de l'auteur, dans l'abandon des Coréens à Sakhaline par le Japon vaincu, toujours avant la naissance de l'auteur, notamment. Surgissent alors une tueuse à gages et un professeur diaphane, des créatures surnaturelles et une romance aigre-douce. Murakami veut peindre la terrible réalité contemporaine du Japon. 1Q84 est supposé saisir le lecteur du sentiment de terreur de ces personnes soudainement condamnées à une mort certaine. Ce qui, après une courte analyse, semble être un peu le lot commun de toute l'humanité.
Deux années de rédaction, pour achever ce livre : on notera que Jonathan Littell avait mis 10 ans à écrire "Les bienveillantes", suite au traumatisme du génocide du Rwanda dont il fut témoins en direct, ce qui signifie qu'il était au Rwanda, lui. Murakami a écrit durant un séjour à Haïti. Murakami est peu au Japon, mais en parle beaucoup. Il aurait très bien pu écrire sur Haïti. Et mettre 15 ans à mener à bien son travail.
Murakami mérite-t-il le prix Nobel ?
Le succès médiatique de l'auteur lui vaut d'être mentionné par la presse people pour le prix Nobel de littérature. En 2009, le romancier japonais Haruki Murakami ne l'a toujours pas obtenu. Grand communicant, il se dit agacé par ces spéculations, rappelant à qui voudra bien l'entendre que "son oeuvre se suffit à elle-même : ce qui compte, c'est pas le nombre de titres vendus, et la manière dont les lecteurs reçoivent mon message de désespoir".
C'est que les prix Nobel sont de plus en plus attribués à celles et ceux qui disent que tout est possible, plus qu'à celles et ceux qui disent que c'est foutu. Il est donc plus raisonnable de penser que le présidentissime Nicolas Sarkozy sera prix Nobel d'économie, parce qu'ensemble tout est possible et qu'en travaillant plus on gagne plus, dans l'esprit du prix Nobel de la Paix attribué à Barack Obama, qui promet de pacifier le moyen et proche orient. D'ailleurs, Barack Obama et Nicolas Sarkozy, eux, ont la légitimité populaire. Haruki Murakami n'a jamais eu le courage de confronter au suffrage universel.
A cela, il convient d'ajouter qu'au Japon, la critique n'est pas unanime. Son oeuvre est souvent dépeinte comme un appauvrissement de la littérature nationale. Qu'il domine par ses ventes le paysage littéraire doit-il faire de lui un génie littéraire? Dans ce cas, J. K. Rowling devrait être nobélisée, pour son oeuvre majeure du XXe et XXIe siècles, Harry Potter. On sera tenté d'opposer le principe de parité à celui de promotion des minorités visibles... certes.
Pour le moins, cette petite chronique vipérine offre à nos innombrables lecteurs quelques éléments de base pour briller en société au sujet d'un livre que personne n'a lu dans le monde francophone.