Laurence J.Peter et Raymond Hull
Le Livre de Poche
157 pages
ISBN 2-253-00593-2
Chaque employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence et y arrive sans peine
critique de Maître Roger
publiée le vendredi 17 août 2007
Vous en avez entendu parler à moult reprises, vous avez vu des collègues bien intentionnés parler d'un autre en évoquant le mystérieux "principe de Peter". Vous êtes bien d'accord avec eux : les chefs sont incompétents. Grâce à la lecture de ce petit bouquin, au format poche pour être emmené dans toutes les mallettes pour portables et porte-documents post-modernes, vous allez enfin comprendre la vraie nature du chef.
Nous sommes tous incompétents, c'est le postulat, pour ne pas dire le sophisme, du livre.
C'est simple : vous avez tous remarqué qu'un jour au l'autre, votre chef vous demande de faire un truc dont vous êtes a priori incapable. Alors de deux choses l'une, soit vous y arrivez finalement et alors vous risquez de progresser dans la hiérarchie, soit vous vous plantez mais ce n'est pas pour autant que vous serez rétrogradé dans la dite hiérarchie.
Vous voilà de plain-pied dans le principe de Peter et la science de la hiérarchologie : l'incompétence n'est pas un frein à l'ascension sociale, et donc nous échouerons tous à des postes élevés où nous jouirons de notre incompétence.
Je ne cite personne, notez-le bien. Je ne suis même personne du regard.
Ce qu'il y a d'amusant dans ce livre, c'est son style, on croirait regarder un de ces experts gourous conférenciers de ces films américains qui vous assènent des vérités mises toutes nues sous la lumière crue du rétroprojecteur, admirés par les yeux ébahis du flic qui enquête sur un meurtre particulièrement vicelard et qui prouvera, à la force du neurone, qu'il n'est pas si incompétent. Voyez Columbo (un type qui semble échapper au principe de Peter, d'ailleurs) qui a croisé tant de génies, dont l'un même était un champion du monde d'échecs qui se fit mater en deux coups (avec les blancs, lui au moins pouvait témoigner du "principe de Peter en action").
Tout est expliqué dans le livre, donc, sans fioritures, au présent de l'indicatif et sans aucun usage du conditionnel. De l'explication du principe – tous des cons – à son illustration par l'exemple – vous voyez maintenant, on vous l'avait bien dit pourtant –, sans oublier les conseils pour échapper à votre destin – pour ne pas monter dans la hiérarchie et donc devenir incompétent, soyez différent, par exemple habillez-vous de manière décalée – et surtout des démonstrations à faire pâlir d'envie tout candidat au bac de philo pour la médiocrité de l'argumentation qui n'aura pas empêché les auteurs de faire fortune.
Exemple. Karl Marx est analysé en une toute petite page, chapitre VII "Idées et prévisions" où il est habillé pour l'hiver : "en prônant une société non hiérarchique, il ne comprit manifestement pas que l'homme est hiérarchique de nature" (ne cherchez pas la preuve de cette dernière assertion, elle n'est pas dans le livre) alors que par ailleurs il écrit : "que chacun travaille selon ses possibilités, et chacun selon ses besoins", ce qui pour Peter et Hull est bien la preuve qu'il faut une hiérarchie. Ce pauvre Marx est ensuite achevé, déjà à terre, par un définitif : "la théorie de Marx n'est donc qu'un rêve, un nouvel opium du peuple".
Et le principe de Peter est le cannabis de ceux dont l'incompétence ne leur a pas encore permis d'atteindre les sommets. Courage et détermination ! Vous y arriverez bien un jour !
Ou alors il écrivez un livre, vous aussi, pour expliquer le peu que vous aurez compris des rapports humains dans l'entreprise post-moderne.